Le terme de haut potentiel, qu’il soit intellectuel, émotionnel ou créatif, est au goût du jour. Mais la créativité est-elle une compétence, ou une forme d’intelligence ? Ne ferait-elle pas partie au fond des capacités intellectuelles d’une personne ? On se penche sur ce vaste sujet pour essayer de mieux comprendre les liens entre créativité et intelligence.

Haut Potentiel Créatif

La créativité, un concept moins défini qu’on ne le pense

Chez les êtres humains, la créativité est souvent définie comme la capacité à imaginer des idées, des solutions nouvelles, ou à créer des concepts inédits. Elle est très liée à l’originalité, et la capacité à penser en dehors des schémas sociaux traditionnels.

Ce n’est donc pas parce que la créativité est associée aux arts qu’elle s’exprime uniquement dans ce domaine. La pensée créative peut s’exprimer dans tous les aspects d’une vie. L’on peut faire usage de sa créativité en mathématique, quand on écrit du code informatique ou encore quand on bricole. Mais aussi lorsqu’on cherche à trouver les mots justes pour communiquer avec ses pairs.

À l’origine, le mot « créativité » décrit en effet simplement une capacité à produire ou faire émerger quelque chose, sans connotation artistique particulière. En soi, il s’agirait donc d’une compétence humaine, qui n’est pas circonscrite à un secteur.

 Il faut noter que la créativité est souvent considérée comme une ressource mentale qui peut être épuisable. C’est-à-dire que la fatigue influe sur notre capacité à être créatif. Elle fait partie des processus mentaux de base des êtres humains, et existe de manière largement inconsciente.

Peut-on mesurer la créativité chez les êtres humains ?

Tout comme l’intelligence, ou les capacités sociales et émotionnelles, le concept de créativité peut s’avérer complexe à mesurer. Il faut dire qu’on a longtemps pensé que la créativité allait forcément de pair avec les scores de QI, ce qui n’est pas nécessairement le cas. Autrement dit, on peut avoir un score élevé de QI, sans nécessairement avoir une grande créativité.

À mesure que la créativité a été étudiée dans un contexte de recherche, plusieurs tests se proposant de l’évaluer ont été créés. On peut ainsi citer une série de tests de référence, les Torrance Tests of Creative Thinking (TTCT). Ceux-ci se proposent de tester la créativité d’un individu en se basant sur des éléments verbaux et picturaux.

En France, il existe le test d’Évaluation du potentiel créatif (EpoC). Également basé sur des requêtes verbales et picturales, il est utilisé par certains professionnels pour évaluer la créativité, notamment chez les enfants.

Certains tests s’appuient sur des items précis, par exemple la curiosité naturelle, l’audace permettant de se débarrasser des normes, la capacité à prendre en compte des éléments en apparence paradoxaux, etc. Mais, à l’inverse du QI par exemple, il n’y a pas de test consensuel pour évaluer la créativité d’une personne. On peut donc mesurer la créativité, mais il n’y a pas de méthode considérée comme unique et optimale.

La créativité ne serait-elle pas une forme d’intelligence ?

La créativité serait-elle au fond une forme d’intelligence ? Parmi les critiques faites au quotient intellectuel (QI), revient souvent l’idée que la créativité n’est pas assez prise en compte. Le test WAIS, qui est couramment utilisé pour mesurer le QI, tend ainsi à se baser sur ce qu’on appelle la pensée convergente. C’est-à-dire que chaque problème à résoudre a une seule solution, et que celle-ci est atteinte par tous les participants s’ils en ont les capacités.

Pour certains, le WAIS ne mesure donc pas une autre manière de penser, qui reposerait plus sur l’invention et la créativité. C’est ce qui permettrait à plusieurs personnes d’amener une solution différente à un problème. Ou à une même personne de trouver plusieurs solutions différentes.

Selon J.S. Renzulli, un profil à haut potentiel ne se base pas uniquement sur la capacité à résoudre des problèmes de manière logique. Il reposerait ainsi sur trois composantes :

  • Des aptitudes intellectuelles « classiques » telles que mesurées par le test de QI, qui sont au-dessus de la moyenne
  • Un engagement marqué pour la tâche en cours. C’est-à-dire l’enthousiasme, l’intérêt naturel et la capacité à persévérer pour résoudre un problème
  • La créativité, qui serait comme on l’a vu une plus grande fluidité et une plus grande flexibilité mentale. Cela permettrait d’avoir des processus cognitifs originaux et de se décaler de la pensée courante

Dans cette perspective, la créativité serait ainsi une composante sine qua non du haut potentiel, puisqu’elle permettrait de penser « en dehors des cases » et d’avoir une plus grande flexibilité mentale. Mais on va voir que cette perspective n’est pas partagée par tous.

Le haut potentiel créatif – retour sur un terme relativement nouveau

Pour d’autres, la créativité s’exprime en effet au-delà de l’intelligence « académique », et il existerait donc des profils à « haut potentiel créatif ». Les spécialistes du sujet Maud Besançon, Franck Zenasni et Todd Lubart écrivaient ainsi dans la revue « Enfance » en 2010 :

« Alternativement aux enfants à haut potentiel intellectuel, les enfants à haut potentiel créatif favoriseraient surtout une pensée divergente. La pensée divergente reflète la capacité/tendance des individus à haut potentiel à générer un grand nombre de réponses alternatives à un problème. » 

De manière similaire à la « pensée en arborescence » qui a trouvé un écho dans les cercles haut potentiel, la pensée divergente permet de produire des idées divergentes à partir d’un même stimulus, voire des idées originales. Elle se base partiellement sur la « banque de données » qu’un individu garde en tête, mais pas uniquement :

« Ce qui favorise l’occurrence d’une pensée divergente chez ces enfants n’est pas seulement un accès important à des solutions mémorisées comme chez les enfants à haut potentiel académique, mais aussi une capacité à associer, à combiner des idées pour créer de nouvelles solutions. »

Critiques du terme « haut potentiel »

On voit donc que la créativité semble être une composante interne ou externe de l’intelligence, et qu’elle joue un rôle particulier dans notre capacité à trouver des solutions à des problèmes. Certains font cependant une critique du concept de « haut potentiel créatif », ou tout du moins de la manière dont il est formulé.

Le terme « haut potentiel » étant à la mode, on voit en effet se disséminer des catégorisations plus ou moins hasardeuses, à l’instar du haut potentiel émotionnel. Or le haut potentiel intellectuel repose sur un test précis et presque universellement utilisé, ainsi qu’une moyenne. Malgré ses limitations, il a une méthodologie qui est donc bien plus solide que le haut potentiel émotionnel ou créatif.

Cela ne veut pas dire que le profil de haut potentiel créatif n’existe pas, mais qu’il faut avancer avec prudence dans ces définitions. S’appliquer un qualificatif de « haut potentiel » est certes séduisant, mais on ne peut pas – à ce stade – mettre ces trois notions sur le même plan.

Conclusion : distinguer la créativité du haut potentiel

Que retenir alors de tout cela ? Tout d’abord qu’il faut peut-être écarter le débat sur le qualificatif à apporter, et l’idée de « haut potentiel » pour se faire une première idée claire des compétences liées à la créativité. Mais aussi que celle-ci semble bel et bien être une composante de l’intelligence, ou tout du moins d’une forme d’intelligence.

Il est probable que les recherches sur le sujet nous permettent à l’avenir de mesurer ou définir plus précisément ce qui rend les individus créatifs. Tout cela montre enfin que les fonctionnements liés à l’intelligence sont inextricables, et qu’on peut difficilement les séparer lorsqu’on prend en compte les performances d’un individu.

Publié par Cam

Journaliste HPI/TSA à la recherche du mot juste et d'un monde plus ouvert à la différence. Créatrice du podcast Bande d'Autistes !
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